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D’autres temps,
d’autres affaires
La scène était la même
d’aujourd'hui et, toutefois, tellement différente. Vers la moitié du
XIX siècle Majorque était connue comme «l'île du calme». On ne
pouvait pas imaginer les complexes conditions de vie dont, des
années plus tard, elles seraient à l'origine du tourisme massif, les
agglomérations dans l'aéroport et les plages bloquées de touristes
se faisant bronzé au soleil. Les paysans majorquins, eux, ils
évaluaient fort peu les eaux calmes et apprivoisées qui, dans son
flux et reflux, jouaient avec le sable. Évidemment, dans la ville
ils ne transitaient pas des personnages pittoresques habillés en
short et avec un plan dans les mains.
Les majorquins
marchaient dans ce temps-là quelque peu orphelins d'inquiétudes
culturelles et artistiques. Quant à celles à caractère religieux on
peut dire que la formation catéchétique de la population était plus
que discrète. Les prêtres, de leur part, ils ne soulignaient pas des
aspirations mystiques de forme particulière, même pas sa capacité
intellectuelle. Bien que certains, contre le calme général, ils se
soient montrés particulièrement exaltés au moment d'exprimer depuis
la chaire leurs avis sur une particulière croisée
politique-religieuse.
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Joaquim Rosselló,
neoprêtre (1858)
Dans la vie courante,
l’observateur attentif, encouragé éventuellement par des discussions
politiques entêtées, il détectait des carences remarquables. Et
Joaquim Rosselló i Ferrá a été cet observateur attentif, un des
grands personnages ecclésiastiques du XIX siècle à Majorque. Il a eu
des antennes pour percevoir les points faibles du christianisme
insulaire, en même temps qu'il a consacré sa vie à revitaliser la
foi des majorquins.
Étant un enfant il
laissait déjà entrevoir…
Joaquim, enfant et
adolescent, il vivait épris du silence et la pénombre. Ou, plutôt,
de l'expérience de Dieu que ces circonstances lui fournissaient. Des
aspirations rares pour un enfant qui s’ouvrait à la vie. À une
occasion, de l’âge de quatre ans, sa mère l'a perdu de vue. Elle,
avec le cœur accéléré, elle est sortie de la maison en courant et en
demandant par son enfant. Finalement elle l'a trouvé absorbé dans la
pénombre d'un temple voisin.
Toute une avance des
chemins qu'il marcherait tout au long de sa vie. Bien que Joaquim ne
se contentait pas avec la solitude ni la prière. Il était très
capable d'improviser un sermon à ses compagnons de jeux jusqu'à leur
faire sauter les larmes et les faire sangloter sans minauderies. À
la fin les mères respectives se présentaient pour les porter de
retour à la maison, non sans avoir une dose préoccupation et
surprise.
Joaquim, adolescent, il
est passé de longs moments songeur et absorbé dans ses pensées et
dans ses dialogues avec Dieu. Il avait de la peine à mettre fin à la
prière pour commencer l’étude. Mais il connaissait très bien ses
obligations. Quant au reste, il alternait sans grande complication
la contemplation avec l'action. Qu’il ce soit par sa direction, par
son onction religieuse ou par d'autres raisons, ce qui est certain
est qu’il était entouré de compagnons avec facilité avec lesquels
approfondir des expériences de foi. Étant séminariste et prêtre il
maintiendrait la même capacité pour réunir aux jeunes et leur
transmettre ses ardeurs et soucis.
Une tante
contemplative, avec meilleure volonté que pédagogie, lui a prêtée
des livres ascétiques inadéquats pour son âge. Les conseils de son
confesseur - «les séminaristes malades ne servent pas le bon Dieu»
- l'ont libéré des pénitences hors de propos.
Vers les 14 ans il a
trouvé au Frère Trigueros, jésuite, qu'il l'a fait beaucoup de bien.
Il écrit dans son autobiographie : «Dieu s’est bien servi de lui
pour me sevrer du monde et m’attacher à la perfection».
De chaire en chaire
Il ne s'est pas avéré
laborieux discerner lais raisons du «pourquoi» ni le «pour que» de
son existence. Telle qu’une petite pierre taillée pour un mur, il
était coupé dans la mesure du ministère sacerdotal. Il supposait
qu'il devait consacrer sa vie entièrement à Dieu et que sa mission
consisterait à transmettre et communiquer son feu intérieur à aux
autres. Il a ramassé une phrase des lèvres du jésuite Trigueros et
qu'il répétait fréquemment : «il faut mettre du feu dans les cœurs».
Le chemin vers le
sacerdoce présentait des écueils. Il a travaillé des offices manuels
devant la pénurie de moyens économiques. Plus tard, des protecteurs
de sa famille, les Gual de Torrella, l'ont aidé. Il a étudié comme
élève externe du séminaire. Aux 25 ans il a été ordonné de prêtre.
Tout au long de son
ministère il a irradié avec intensité son feu intérieur: des
«carêmes», des «triduos ou célébrations de trois jours», des
«quarante heures»… Il profitait avec avidité toute circonstance
possible pour convaincre et d'encourager ses contemporains. Il ne
rejetait jamais l'invitation de monter en chaire ou bien de diriger
un mot à un groupe de fidèles. Même la presse de son temps
constatait ses courses apostoliques.
Le P. Joaquim Rosselló
a dédaigné les croisades intégristes, prêtes à incendier la
coexistence avec des mélanges explosifs de sentiments religieux et
politiques. Il n'était pas un homme d'idées avancées, certainement,
mais il ne se payait pas non plus de dépasser les bornes de la
raison. Sans être un pionnier du socialisme, qui rejetait plutôt au
niveau théorique, il insistait sur des contenus très évangéliques à
propos de l'égalité et de la fraternité. Il aimait prêcher les
versets du «magnificat»: «il a renversé les potentats de leurs
trônes». Il attaquait l’aveuglement des riches. Son expérience
personnelle de la pauvreté lui accordait une crédibilité maximale
aux mots qu'il prononçait.
Le P. Joaquim a
surpassé dans la direction spirituelle autant ou plus que dans la
prédication. Sa conduite grave et réservé, en même temps qu'amicale,
elle invitait à la confiance et à la confidence. Il s’est consacré
en corps et âme à cette mission tout en considérant et éprouvant le
spectacle de la médiocrité des nombreux prêtres. Il y abondait la
vulgarité, la routine, la corruption comprise et le scandale. Il ne
faut pas s’étonner, puisque certains d’entre eux optaient pour le
sacerdoce dans la mesure où il constituait une manière de s’en tirer
brillamment en termes sociaux. Bien que, depuis l'évangile,
l'exercice du sacerdoce sans un support vocationnel il s'avère une
catastrophe.
Le P. Rosselló a
consacré une bonne partie de son temps à la prédication aux
séminaristes, au clergé et aux religieuses. Il s’est passé des
heures innombrables dans le confessionnal, où ils faisaient la queue
des laïques et des ecclésiastiques pour écouter ses mots fermes, en
même temps que compréhensives. Il n’oserait jamais réduire les
principes, mais il se conduisait avec une grande délicatesse dans se
manières et démarches. Les évêques lui ont envoyé quelques prêtres
qui, par des raisons diverses, ont scandalisé à leurs paroissiens.
Il a réussi à syntoniser, et même lier amitié, avec la majorité
d’entre eux.
Contemplatif à
l'ermitage
Sant Honorat (Randa -
Majorque) au temps de la fondation (1890)
Le P. Joaquim Rosselló
marchait désireux de considérer les merveilles de Dieu dans la
nature, de savourer la grâce chrétienne dans le cœur et de ruminer
les trésors du patrimoine liturgique. Il convoitait aussi des
espaces pour la prière mentale et la réflexion distendue. Il a
deviné depuis qu’il était un enfant qu’il devait marcher par de tels
chemins. Plusieurs fois il a pensé sérieusement entrer dans un Ordre
contemplatif. Les attentions qu’il devait prodiguer à sa mère le lui
ont empêché par de longues années. Mais le désir contemplatif est
toujours resté latent.
Plusieurs années après
le décès de sa mère il a décidé de donner le pas. Toutefois,
l'évêque comptait sur lui pour la restauration du clergé diocésain.
Il y a eu une lutte ferme. Le P. Joaquim se serait retiré à
l'ermitage – avec des agréables mémoires de Ramon Lull
– situé dans la
montagne de Sant Honorat. Il jouirait là de silence et de paysages
adéquats pour nourrir leurs anxiétés contemplatives. En échange on
lui confiait la rénovation du clergé à travers des exercices
spirituels, des prédications et des dialogues personnalisés. Et il
devrait même descendre pour continuer le ministère des missions
populaires qu’il connaissait tellement à fond.
L'entreprise
rénovatrice que l'Évêque, Jacinthe María Cervera, proposait elle
avait besoin d'une institution quelconque comme garantie solidité et
durée. On a exhorté le P. Joaquim de convaincre quelque Congrégation
religieuse pour qu'elle fonde une résidence tout en haut de
l'ermitage. Postérieurement, lui-même s'incorporerait à cette
dernière, afin d'effectuer les plans épiscopaux. Maintes et maintes
fois il a manqué l'objectif.
Finalement il a dû
personnellement s’y mettre comme avant-garde d'une nouvelle
Congrégation. Il lui a accordé le titre de Missionnaires des Cœurs
Sacrés et une spiritualité à laquelle il avait déjà consacré
beaucoup d'énergies durant les années précédentes. Il s’est alors
rappelé que son compagnon, Frère Trigueros, l'il avait prédit
l'événement. Fondateur sans échappatoire ni dérobade. «C’est une
œuvre de Dieu et pas la mienne…»
De nouveau, les plans
de l'évêque…
Toute la
joie du récent fondateur s’est effondrée dans le puits de la
déception quand, avant d'être accomplie l'année, l'évêque - homme
plus impulsif qui planificateur - disposait du P. Rosselló pour
nécessités qu'il considérait de la plus grande urgence. Maintenant
il le pressait à diriger le Sanctuaire de Lluc. Une institution de
saveur mariale dont les origines étaient perdues presque dans la
nuit des siècles. Le sanctuaire, par une association d'idées,
portait à penser sur les pèlerins, sur les petits écoliers
chanteurs et habillés en bleu (blavets) et à l’intensifie culte de
Marie. Mais aussi il amène à penser sur des sujets qui cherchaient
des aventures loin des yeux familiaux.
Il fallait restituer le
Sanctuaire à la splendeur de ses meilleurs temps, initier une
nouvelle série de Prieurs jaloux et mettre le point final aux
pillages. Évidemment, il était urgent de mettre fin aux vacarmes et
aux scandales. Être écarté des endroits par lesquels il avait
soupiré et par le style de vie qu'il autant convoitait, tout cela,
au P. Joaquim lui a coûté de la sueur et du sang. En outre l'ordre
de l'évêque paraissait incompatible avec la fin essentielle de
l'Institut récemment fondé. Troublé et perplexe, il a recouru à son
expression favorite: «laisser faire à Dieu».
Mais c’est à Lluc
(Sanctuaire) qu’il parviendrait à marier sa nouvelle tâche de Prieur
avec les multiples activités dans lesquelles il était entouré, avec
la prédication d'exercices spirituels au clergé et jusqu'à avec une
volonté quelque peu contemplative. C’est par là qu’elle respirait la
blessure de sa vocation. Il a bien accompli, en tout cas, la mission
confiée. Les vacarmes ont laissé pas à une atmosphère de piété et
onction, il a élevé des nouvelles constructions, il a acheminé
favorablement l'administration.
Après dix longues
années comme Prieur du Sanctuaire, une fois l'évêque décédé, le P.
Rosselló est passé par des circonstances pénibles qui ont
probablement intensifié leur diabète et elles l'ont portée à la
tombe. Il a dû faire face à ce qu'il a considéré une injustice
retentissante : le désamortissement des biens du Sanctuaire de Lluc.
Vieilli et peiné, après avoir écrit ses mémoires biographiques et
constitutives, il s’est retiré à la fondation récente de La Real
(près de Palma de Majorque).
Il est mort doucement
le 20 décembre de l'année 1909. Ses restes ont été déposés dans le
cimetière de Palma de Majorque et postérieurement ils ont été
transférés à l'Église des Cœurs Sacrés. Un plaque souligne
l'expression de Mossen Alcover, personnalité diocésaine de grande
envergure: «Serviteur de Dieu Joaquim Rosselló i
Ferrà,
colonne et
flambeau de l'Église de Majorque».
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